Solidarité تضامن

Un bref aperçu de notre approche sur la question des femmes

Lorsque l’on parle de la question des femmes dans les pays arabes et musulmans, dans les pays du Moyen-Orient et dans le monde néo-colonial en général, une approche sociologique et historique, basée sur des critères scientifiques, est essentielle.

Friedrich Engels a expliqué dans son livre “L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat” comment ces concepts ont été façonnés par le mouvement changeant de l’histoire. Dans son livre “Bilan et perspectives”, Léon Trotsky a quant à lui fournit une analyse de la société russe et des relations de production complexes et inégales auxquelles celle-ci était confrontée au début du siècle dernier.

Une étude anthropologique du rôle de la femme appliquée aux pays d’Afrique et d’Orient démontrent l’existence historique de sociétés matriarcales. Avant la date du calendrier grégorien, c’est une femme romaine qui a fondé la cité de Carthage, plus de 800 ans avant J-C. Au VIIème siècle, c’est encore une femme, reine Amazighe, qui mena une guerre pendant 25 ans contre la colonisation arabe en Afrique du Nord. Pendant cette période, les femmes guidaient les responsabilités politique et économique, et l’homme s’occupait de la garde des enfants et des affaires du ménage.

Cette génération matriarcale fut bien présente à cette époque dans beaucoup de régions du monde, par exemple: l’Afrique centrale et du nord, quelques zones de l’Inde et de l’Indonésie actuelles, les zones des pays scandinaves…

Engels a formulé de manière scientifique la conceptualisation historique de la famille. C’est un aspect important pour nous en tant que marxistes d’analyser la question de la femme à travers la dialectique de l’histoire, mais aussi d’étudier la position des femmes dans la lutte de classes.

Ces facteurs historiques on contribué à façonner l’image des femmes, par exemple aujourd’hui en Tunisie. Est-ce que la question des femmes est séparée de l’essence même de la lutte de classes? Est-il possible de séparer la bataille pour les droits des femmes sans se référer à la lutte des travailleurs en général? Est-ce que les communautés matriarcales étaient des modèles de justice sociale? (la réponse: non, la justice sociale ne prévalait pas, ces sociétés étaient dominés par des relations de production féodales et semi-féodales). Quelles sont les différences et les limites entre les mouvements de femmes révolutionnaires et les mouvements de femmes de tendances bourgeoise et petite bourgeoise? Quel est le responsable de la violence, du harcèlement sexuel, de l’exploitation des femmes sur les lieux de travail? Est-ce l’infrastucture matérielle ou bien la mentalité masculine patriarcale?…

Il y a plus de cent ans en Russie, comme aboutissement d’une lutte initiée à l’occasion de la journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, des gains importants pour les femmes ont été réalisés sous la direction des Bolshéviks. Directement après la révolution d’octobre 1917, l’égalité soviétique a été introduite pour les femmes, notamment le droit de vote, le droit libre au divorce, le droit à l’avortement…Dans un pays pauvre et isolé, les Bolshéviks ont laissé entrevoir ce que le socialisme pourrait signifier pour les femmes d’aujourd’hui.

Le seul moyen de mettre fin aux préjugés sexistes contre les femmes, c’est de commencer de rejoindre la lutte de classe des travailleurs, hommes, femmes, et jeunes tous ensemble. L’oppression de genre a des racines profondes mais n’est ni innée, ni immuable. Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, cette oppression n’existait pas, tout comme la domination patriarcale. Celles-ci trouvent leurs origines dans les structures et les inégalités de la société de classes, capitaliste dans sa forme actuelle. La domination patriarcale est associée au développement historique du concept de la famille en tant qu’institution destinée à préserver les divisions de classe, ainsi que les biens et la culture morale de la classe dominante.

Aujourd’hui en Tunisie, la femme tunisienne dispose de certains droits civils: sur papier, la liberté d’expression, de croyance, de comportement, de choix, d’avortement…La propagande libérale et le système éducatif font grand cas de la constitution tunisienne de 1957 et parlent de la fièrté de l’histoire de la Tunisie avec deux femmes fondatrices de la République tunisienne.

Le gouvernement actuel aussi se profile comme garant de la défense des droits civils des femmes …Il y a cinq mois, le parti libéral “L’Appel de Tunisie” qui domine le gouvernement actuel a soumis au parlement un projet de loi accordant aux hommes et aux femmes des droits égaux en matière d’héritage. Cette initiative visait à exploiter le soutien grandissant pour l’égalité des droits pour les femmes, dans un contexte de discrédit des partis au pouvoir. C’est important d’exposer les contradictions de la propagande libérale et des partis capitalistes “laics” comme l’Appel de Tunisie, qui parle par exemple d’égalité juridique et légale entres les hommes et les femmes mais en même temps, attaque les droits économiques et sociaux des femmes de la classe ouvrière, avec une politique néolibérale.

Dans une telle situation, l’intervention des féministes marxistes consiste à soutenir l’égalité juridique et légale, mais à la relier à la lutte des classes contre les nombreuses inégalités économiques auxquelles sont confrontés les femmes travailleuses, les paysannes et les femmes pauvres. Les organisations de femmes bourgeoises ou petites-bourgeoises restent silencieuses sur ce type de problèmes réels: l’absence de minimum d’assurance sociale au travail pour beaucoup de femmes, le harcèlement sexuel de femmes payées avec un salaire inférieur au SMIG, travaillant 10 à 11 heures par jour, les 30% de femmes travailleuses touchées par l’infertilité, le taux d’analphabétisme touchant près d’un million de femmes dans les couches les plus affectées par la pauvreté, le travail illégal et la marginalisation sociale, etc.

Nous avons le devoir se soutenir chaque avancée pour les femmes, mais aussi de les connecter au combat plus général des travailleurs et des pauvres vers le socialisme. Dans cette situation, un travail au sein de l’UGTT, dont l’influence a joué un rôle prépondérant dans les acquis des femmes en Tunisie, est essentiel. Nous nous devons de pousser les mouvements des femmes vers plus de gains et de droits mais dans le même temps, clarifier l’essence de la lutte contre le système capitaliste: les mouvements féministes doivent s’armer d’un programme répondant aux besoins et aux tâches de la classe des travailleurs en général. Le capitalisme ne créera pas l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce système est basé sur la marchandisation de toutes les valeurs humaines pour faire du profit; en ce sens, nous devons metre en garde contre les tentatives de la bourgeoisie d’exploiter les masses féministes afin de les utiliser comme réservoir d’appui pour le néolibéralisme.

D’une part, la situation des femmes dans les pays arabes est faite d’un enchevêtrement d’oppressions multiples, dans un contexte de crise économique couplée à l’héritage de structures d’oppression politiques à cause de l’influence de courants islamistes réactionnaires et du passé colonial de la région. D’autre part, les femmes tunisiennes ont participé en première ligne des manifestations durant le soulèvement du bassin minier en 2008 dans le Sud tunisien, durant les journées-clé de la révolution tunisienne en 2010-2011; elles furent à l’avant-garde  des grèves massives dans les usines de textile de Mahalla en Egypte, dans les manifestations au Maroc et en Jordanie dans la lutte contre les lois qui autorisent des violeurs à marier leurs victimes, et dans bien d’autres luttes encore…

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