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Bernie Sanders: d’un concurrent de gauche à un nouveau parti?

Aux États-Unis, la campagne de Bernie Sanders pour être désigné candidat démocrate aux élections présidentielles fut inédite et a suscité l’enthousiasme de millions de personnes. Enfin autre chose que la politique traditionnelle ! Tout comme dans le reste du monde, la colère est vive contre les inégalités grandissantes, les bas salaires, la pauvreté et la corruption des politiciens néolibéraux.

Par Peter Delsing, article tiré de l’édition de mai de Lutte Socialiste (journal de nos camarades belges)

À cela, il faut encore ajouter le prix exorbitant des études aux États-Unis. Les perspectives d’avenir de la jeune génération sont gâchées pour le ‘‘crime’’ de s’engager dans des études supérieures. Un étudiant peut sortir diplômé avec une dette de dizaines de milliers de dollars. Ce qui l’attend bien souvent ensuite, c’est d’atterrir dans le nouveau secteur des emplois à faible rémunération.

Dans ce contexte, l’appel de Sanders pour une ‘‘révolution politique’’ visant à briser le pouvoir de Wall Street a trouvé un incroyable écho. Tant le parti républicain que le démocrate sont sous contrôle de riches bailleurs de fonds. Leur programme est néolibéral et le personnel politique est un instrument au service des intérêts du big business.

Quand on entretient une relation aussi ouverte avec le grand capital, on fait bien évidemment tout pour exclure les travailleurs et les jeunes du processus politique. Il suffit de voir le déroulement des campagnes d’Hillary Clinton, la candidate de l’establishment démocrate, et de Bernie Sanders, à New York ou ailleurs. Sanders attire à lui une foule de partisans, un nombre dont Clinton ne peut que rêver. Mais cet enthousiasme se heurte à l’hostilité et aux manœuvres de la bureaucratie du parti. Seuls 15% des électeurs potentiels ont effectivement participé aux primaires du parti démocrate. À New York, plus de 3 millions de personnes étaient enregistrées comme ‘‘indépendants’’ et n’ont pu participer à la primaire démocrate qu’à condition de s’être fait enregistrer comme démocrate… en octobre dernier ! De telles pratiques font fi de la dynamique propre à la campagne.

À cela s’ajoute encore le blocage des médias dominants qui, du moment qu’il n’était plus possible de tout simplement l’ignorer, ont fait déferler un déluge d’attaques sur Sanders, carrément des mensonges le plus souvent. Pour éviter de parler de ses propositions politiques, les médias ont ouvertement remis en cause son jugement et ses capacités à être président, ont repris les déclarations de l’équipe de campagne de Clinton sur le ton ‘‘trop dur’’ utilisé par Sanders dans les débats, etc. jusqu’au point – ridicule – d’accuser la majeure partie de ses partisans d’être ‘‘sexistes’’.

Que faire suite à la défaite de New York ?

Quand il est apparu que le silence et les mensonges seraient insuffisants, ce fut le temps de la purge. À New York, les électeurs invalidés se comptent par dizaines de milliers. Sans même le savoir la plupart du temps. Les choses ont atteint le point où le maire démocrate de New York, Blasio, qui n’est pourtant pas fan de Sanders, a reconnu que les irrégularités étaient nombreuses au point de compromettre la légitimité du processus électoral. Dans le comté où se trouve Brooklyn, là où Sanders a grandi, 125.000 personnes ont été rejetées des listes électorales.

Au final, Clinton a obtenu 58% dans cet État et Sanders 42%. C’est une belle prouesse, mais il lui fallait s’attirer plus d’électeurs âgés et de membres des minorités. Dans le Bronx, majoritairement habité par des Afro-américains pauvres, Clinton est parvenue à obtenir une avance de 39%. Clinton est un nom plus familier, c’est vrai, et beaucoup ont certainement estimé qu’elle serait plus à même de faire barrage au danger de Donald Trump. Les sondages laissent cependant penser le contraire. La famille Clinton possède surtout un vaste réseau de politiciens, de responsables religieux, de figures de quartier,… qui lui sont inféodés. En l’absence d’autre candidat de l’establishment face au souffle de gauche autour de Bernie Sanders, les Clinton ont pu bénéficier de toute la bienveillance des médias, de tonnes d’argent et du vaste réseau démocrate constitué au fil des décennies. La campagne de Sanders n’a pas économisé son énergie dans cette bataille de New York, mais l’élan a été perdu et il sera maintenant beaucoup plus compliqué de rattraper l’avance de Clinton.

Cela rend d’autant plus urgent de tirer les conclusions politiques et organisationnelles de ce conflit. Ces camps, autour de Sanders et de Clinton, sont inconciliables en raison d’intérêts de classe contradictoires. Clinton est une candidate néolibérale et pro-guerre sortie du sérail de l’establishment capitaliste. Le réformisme radical de Sanders a ouvert la voie à un nouveau mouvement dynamique de jeunes et de travailleurs. Mais, comme toutes les variantes de réformisme, il sous-estime la profondeur et l’étendue de la crise capitaliste.

Pour briser le pouvoir des banques, il faut les nationaliser sous contrôle des travailleurs. Cela est crucial pour réellement disposer d’un gouvernement au service des de la majorité sociale. Les capitalistes disposent de nombreux moyens pour éluder l’impôt, très certainement s’il devient plus élevé pour eux, ou pour entraver l’activité d’un gouvernement de gauche. Sans placer les grandes entreprises, les principaux leviers de l’économie, sous contrôle public et démocratique, Sanders ne pourrait pas faire face à une nouvelle crise financière et économique. Sans encore parler du fait qu’un président de gauche se retrouverait isolé avec un parlement capitaliste hostile.

Notre parti-frère aux États-Unis, Socialist Alternative, appelle Sanders à ne pas décourager le mouvement en soutenant la candidature de Clinton en cas d’échec. Avec la campagne Movement4Bernie, nos camarades ont organisé des manifestations locales qui ont soutenu Sanders mais aussi la nécessité de créer un nouveau parti. La classe ouvrière américaine fait face à l’opportunité de se débarrasser du système des deux partis. Sanders, ou le mouvement autour de lui, devrait convoquer une grande conférence pour poser les premiers jalons dans cette direction.

Nos camarades appellent Sanders à se présenter par la suite comme candidat indépendant ou à opter pour une présentation commune avec Jill Stein, la candidate du Parti Vert (plus radical que ses équivalents européens). Sanders et son mouvement pourraient éviter de se présenter dans les États où Clinton et Trump sont au coude-à-coude et lancer la construction d’un nouveau parti en menant campagne dans les autres États. Les millions d’Américains qui ont considéré la campagne de Sanders comme un phare allumé dans l’obscurité capitaliste représenteraient une force puissante s’ils étaient organisés dans un large parti démocratique des travailleurs reposant sur l’activité des masses et qui défendrait sans relâche un salaire minimum de 15 $ de l’heure, la gratuité des soins de santé, l’imposition des fortunes,… en liaison avec la défense d’une société socialiste démocratique. La rapide évolution qui a pris place aux États-Unis est une source d’inspiration pour beaucoup. La croissance d’une conscience socialiste plus prononcée dans le pays économiquement et politiquement le plus puissant du monde doit nous encourager à mener nous aussi le combat pour une autre société avec le plus grand acharnement.

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