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Afrique: De nouvelles tempêtes politiques et de nouvelles luttes de masse (1e partie)

Ce document sur la situation en Afrique subsaharienne a été adopté suite à une discussion qui a eu lieu lors du 11e Congrès mondial du CIO qui s’est tenu en janvier 2016 – une réunion à laquelle ont participé des camarades venus de 34 pays de tous les continents du monde.

Dans ce document, nous allons passer en revue la situation actuelle en Afrique tant sur le plan politique qu’économique et les complications liées aux rivalités entre différentes puissances impérialistes et différentes factions de la classe dirigeante africaine. Dans la deuxième partie, nous analyserons plus en détail les spécificités de la politique africaine et les conséquences que cela a en termes de l’organisation de la lutte de classes et de la perspective de la révolution socialiste.

– 11e Congrès mondial du CIO

L’Afrique se retrouve face à une nouvelle période de bouleversements de masse et de luttes révolutionnaires. Les dernières années ont déjà vu le renversement de régimes dictatoriaux au pouvoir depuis des décennies (en Tunisie, en Égypte et au Burkina) et d’autres mouvements d’opposition face aux tentatives de certains dirigeants de se maintenir au pouvoir coute que coute (comme au Burundi).

Ailleurs, comme au Soudan, au Kenya ou en Afrique du Sud, on a vu des mouvements contre l’oppression et l’austérité, ainsi que des grèves des travailleurs destinées à obtenir des concessions, sans oublier les luttes pour des réformes positives, comme on l’a vu récemment avec le mouvement contre les frais d’inscription dans les universités sud-africaines.

Au Burkina Faso, même si c’est Kaboré, un ancien ponte du régime Compaoré, qui a été élu, cela ne veut pas dire que la révolution est terminée. Les travailleurs et les jeunes burkinabés sont nombreux à avoir été radicalisés par l’héritage de Thomas Sankara. Ils ont maintenant acquis une nouvelle confiance en leurs propres forces suite au renversement de Compaoré puis à la défaite de la tentative de coup d’État de septembre 2015. Tous ces nouveaux combattants ne seront certainement pas prêts à se voir imposer la moindre mesure qui leur paraitrait inspirée par l’ancien régime.

Pendant ce temps, au Burundi, bien que Nkurunziza ait réussi à se faire « réélire » pour un troisième mandat, cela n’a pas mis un terme à l’instabilité dans le pays. Des centaines de personnes ont déjà été tuées, et le pays menace de sombrer dans la guerre civile.

Dans de nombreux pays, l’aggravation de la situation économique va poser la question de « Où est passé l’argent des années de croissance ? », alors que vit déjà un grand mécontentement face à tous les scandales de corruption qui s’enchainent. Au Nigeria et en Tanzanie, ce sentiment s’est reflété par l’élection de candidats présidentiels perçus comme « non corrompus ». De tels individus peuvent bénéficier d’une période de « grâce » aux yeux du peuple, mais ils ne pourront longtemps ignorer les attentes des masses.

Cependant, dans des pays comme le Burundi, on voit le danger de désintégration selon des lignes ethniques, religieuses ou nationales. C’est le risque tant que la classe ouvrière ne parvient pas à se hisser à l’avant de la lutte pour le changement, dans un sens qui aille vers une rupture avec le capitalisme. On a aussi beaucoup parlé de la croissance du Boko Haram, de son extension hors du Nigeria et de l’enlèvement des 200 lycéennes de Chibok en 2014. Il est toutefois important de remarquer que le Boko Haram n’a pas osé perpétrer la moindre attaque au Nigeria pendant la grande grève de janvier 2012 contre la hausse du prix de l’essence.

On voit aussi que là où la classe ouvrière ne parvient pas à guider la masse de la population dans la lutte, ou après une défaite, la réaction et la contrerévolution peuvent prospérer en prenant la forme de conflits ethniques, religieux ou nationaux, comme on le voit en Afrique de l’Ouest avec Boko Haram, en Afrique centrale avec la reprise des hostilités dans l’Est du Congo-Kinshasa, dans la région des Grands Lacs et au Sud-Soudan, ainsi qu’en Afrique de l’Est avec les milices al-Shabbaab. En général, ces conflits ne se limitent pas aux frontières héritées du colonialisme : on le voit avec l’expansion des mouvements djihadistes partout dans le Sahara et jusqu’en Afrique de l’Est.

Les conflits entre différentes factions rivales de la classe dirigeante africaine continuent eux aussi. Même s’ils ne sont pas à l’échelle de la guerre en Afrique centrale démarrée en 1994 avec le massacre de 800 000 Tutsis au Rwanda et dont l’extension à toute la région avait au final couté la vie à environ 5 millions de gens, toutes ces guerres entre factions rivales de la bourgeoisie nationale ont fait 10 000 décès et des millions de réfugiés ces dernières années.

Limites et réalité de la « croissance africaine »

Tous ces évènements se déroulent alors que l’Afrique est en train de plonger dans une crise économique qui ne dit pas son nom. Le ralentissement de l’économie mondiale, l’effondrement du prix des matières premières, le changement climatique, la rapide croissance de la population, posent de grands problèmes. Dans certains pays où les conditions de vie se sont temporairement améliorées suite à la baisse du prix de l’essence, comme le Kenya, on reste confronté à l’instabilité sur le plan économique, conséquence de la crise mondiale. En général, la détérioration de l’économie a pour conséquence la chute du niveau de vie et moins d’espoir dans l’avenir.

Dans de nombreux pays, cet état de fait va poser avec une vigueur redoublée la question de « Où sont passées les richesses du continent ? », surtout dans des pays comme le Nigeria qui ont longtemps bénéficié de la hausse du prix du pétrole brut. De nombreux mouvements contre les dirigeants actuels ont été déclenchés par ce désir de dégager les cadres corrompus accusés de gaspiller les richesses nationales.

Le ralentissement de l’économie mondiale a pour conséquence la chute du prix des matières premières. Ce déclin a déjà des conséquences tragiques dans toute une série de pays africains, les poussant dans la crise. Même si les taux d’intérêt restent bas, la baisse des revenus des pays exportateurs de matières premières risque de déclencher de nouvelles crises de la dette d’État.

La Banque mondiale et le FMI s’attendent toujours à ce que l’Afrique réalise 3,7 % de croissance en 2015, soit moins que la croissance de la population. Or, tant que la croissance de l’économie est inférieure à la croissance de la population, on ne peut pas dire qu’un pays s’enrichit puisque le PIB par habitant diminue quand même. La rapide croissance de la population et le changement climatique, liés à l’avancée du désert, ajoutent à l’instabilité de l’Afrique. Le continent a à présent une population d’un milliard d’habitants, très jeune, qui passera sans doute à deux milliards en 2050 et à quatre milliards en 2100.

La croissance de la population va de pair avec l’urbanisation croissante. En ce moment, 40 % des Africains vivent en ville, et l’ONU prévoit que ce chiffre passera à 60 % d’ici 2050. Il y a cent ans, de toutes les villes africaines, seul le Caire avait une population supérieure à un million d’habitants. Aujourd’hui, on compte 50 villes dont la population dépasse ce seuil. L’ONU s’attend à ce qui d’ici 2030, 43 autres villes rejoignent le nombre de villes d’Afrique dont la population atteint au moins un million d’habitants.

En ce moment, avec ses 21 millions d’habitants, Lagos est la plus grande ville d’Afrique, ainsi que la quatrième plus grande ville du monde. Il est naturel que de telles « mégacités » commencent à développer leur propre identité : de plus en plus d’habitants de Lagos se considèrent aujourd’hui avant tout Lagotiens – même si cela ne veut pas dire que la population y est immunisée contre les divisions ethniques ou religieuses.

Bien qu’il y ait évidemment des différences entre les situations propres à chaque pays on peut dire de manière générale que tous les discours autour de l’« émergence » d’un capitalisme africain ne se basent que sur des analyses superficielles et à court terme.

Même les économistes procapitalistes sont à présent contraints d’accepter le fait que « Le progrès observé au début de ce siècle était essentiellement engendré par les retombées de la hausse temporaire du prix des matières premières » (Financial Times, 27 octobre 2015). Avec la chute des prix de ces matières premières, la croissance et le développement sont donc remis en question.

Ce nouveau ralentissement remet aujourd’hui en question les espoirs de millions de gens, surtout dans des pays comme le Ghana, qui pensaient que la hausse du prix des matières premières serait suffisante pour pouvoir changer de manière fondamentale leur niveau de vie ainsi que celui de leurs familles. Il y a toujours eu, dans la propagande des éléments procapitalistes, l’affirmation répétée à l’envi comme quoi la « classe moyenne africaine » s’agrandissait d’année en année. Ces affirmations étaient surtout basées sur une notion extrêmement large de qui est censé faire partie de cette « classe moyenne ».

En 2014, la BAD disait que le nombre d’Africains de « classe moyenne » était passé de 115 millions en 1980, à 326 millions en 2010. Cependant, la définition de « classe moyenne » selon la BAD est pour le moins modeste : selon cette institution, cette classe moyenne serait constituée tout d’abord d’une « classe flottante » de 200 millions de gens qui gagnent entre 2 et 4 $ par jour (soit 35 000 à 70 000 francs CFA par mois), d’une « classe moyenne inférieure » de 82 millions de personnes qui gagnent entre 4 et 10 $ par jour (entre 70 000 et 180 000 francs CFA par mois), puis d’une « classe moyenne moyenne » qui gagne entre 10 et 20 $ par jour (soit entre 180 000 et 350 000 francs par mois).

L’exemple de l’explosion du taux de détenteurs de téléphone portable est un très souvent cité comme l’illustration de l’émergence de cette nouvelle « classe moyenne ». Cependant, le fait que tout le monde ait à présent un téléphone portable ne veut toujours pas dire que la vaste majorité de la population a connu une véritable hausse de revenu. Ainsi, la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique, dans un rapport de 2015, écrivait que le nombre de « pauvres » en Afrique était passé de 290 millions en 1990 à 390 millions en 2012.

Des pays comme le Kenya et le Nigeria ont connu des fortes hausses du PIB sur papier, sans que la population ne se sente concernée le moins du monde. Ce n’est pas parce qu’on te dit que ton pays est devenu plus riche que toi-même tu l’es devenu. C’est la triste réalité pour beaucoup d’habitants d’Afrique du Sud, qui a la deuxième économie la plus puissante du continent mais qui est en même temps le pays où les inégalités sociales sont les plus grandes au monde.

Pour un très grand nombre d’Africains, une grande partie de leur revenu provient de transferts effectués par des parents ou des amis vivant à l’étranger. Le total de ces transferts s’élèverait à 40 milliards de dollars par an (24 000 milliards de francs CFA) – et on ne compte pas les transferts informels ! Ce flux d’argent est directement opposé à celui qui est engendré par l’élite africaine qui, quant à elle, fait tout pour évacuer ses richesses mal acquises à l’étranger.

Si la somme des transferts totaux est la plus grande pour des pays tels que le Maroc, l’Algérie, le Nigeria et l’Égypte, il est évident que ce sont surtout les pays les plus pauvres et les plus petits qui sont aussi les plus dépendants de cette aide familiale de l’étranger. Les transferts familiaux constitueraient jusqu’à 40 % du PIB de la Somalie, 38 % du PIB de l’Érythrée, 26 % du PIB du Liberia et 23 % du PIB du Burundi ! Mais avec le ralentissement de l’économie dans les pays d’accueil et la concurrence accrue entre travailleurs immigrés due à l’afflux massif de réfugiés, il faut s’attendre à ce que ces transferts d’argent se réduisent.

Comme dans la plupart des autres pays capitalistes qui ont connu une croissance récemment, on a vu dans les pays d’Afrique une extrême polarisation des richesses tirées de cette croissance : les personnes qui en ont le plus bénéficié sont les éléments les plus proches des régimes, de la finance ou des entreprises multinationales. Mais la fin de cette phase de croissance va avant tout toucher les travailleurs et les pauvres, qui n’ont pour ainsi dire pas vu le moindre bénéfice, mais qui seront les premiers à payer le prix de la nouvelle crise.

En 2013, le gouvernement angolais finançait 70 % de son budget national grâce aux revenus du pétrole ; en 2015, la part du pétrole dans le budget est passée à seulement 37 %, tandis que le budget était réduit d’un quart. La conséquence en a été des licenciements massifs et des pénuries de denrées de base. Le mécontentement grandit, mais jusqu’ici toute manifestation est accueillie par une répression de plus en plus féroce de la part du régime du MPLA. L’Angola n’est pas le seul pays où on voit une telle situation se développer : elle est pour ainsi dire commune à tous les pays exportateurs de matières premières.

Malgré toutes ses ressources naturelles et humaines, le continent reste la région la plus sous-développée du monde. Elle est aussi soumise à l’impérialisme de façon beaucoup plus directe que l’Asie ou l’Amérique latine, en plus de la prépondérance des exportations de matières premières dans son économie. Ces trois facteurs expliquent le comportement des classes dirigeantes africaines, qui sont toutes aussi adeptes de la philosophie de la « mangeoire » : manger tant qu’on peut, et quitter au bon moment en emportant autant d’argent que possible.

C’est l’incapacité du capitalisme à développer l’Afrique de façon équilibrée qui se reflète dans la tendance de nos bourgeois locaux à investir uniquement dans la finance, dans l’immobilier ou dans les produits de base qui se vendent facilement (nourriture, ciment, savon…) plutôt que dans des investissements plus conséquents, qui risqueraient de les faire entrer en concurrence avec les grandes entreprises internationales, détentrices de véritables monopoles.

Les bourgeoisies locales sont des « compradores », c’est-à-dire des agents ou alliés locaux de l’impérialisme, qui ne cherchent pas à développer leur propre pays mais ont plutôt une attitude rentière ou clientéliste. L’extraction de matières premières est en général réalisée avec la collaboration d’investisseurs étrangers. Dans d’autres cas, l’industrie locale a été complètement anéantie par la concurrence avec les produits asiatiques (notamment chinois). C’est particulièrement le cas du textile. Même lorsqu’on voit le développement d’une industrie locale, elle se limite généralement à des sites d’assemblage, comme l’industrie de construction automobile sur base de pièces détachées de type « France au revoir ».

Le manque de confiance des dirigeants africains envers leur propre économie a pour conséquence leur pillage en bonne règle des ressources nationales. C’est ainsi que le transfert illégal de fonds de pays d’Afrique vers l’Occident s’élève à environ 50 milliards de dollars par an (30 000 milliards de francs CFA).

La lutte pour le « repartage de l’Afrique » a maintenant pris un sérieux coup dans l’aile. Cependant, les différentes puissances impérialistes gardent pour objectif une extension en Afrique sur le moyen ou long terme. Dans un monde de croissance anémique, les richesses de l’Afrique (en termes de minerais, de terres et de main-d’œuvre bon marché, en plus de sa population de consommateurs croissante) font que, malgré la pauvreté de la majorité de ses habitants, le continent va continuer à attirer certains capitalistes désespérés de trouver des investissements profitables ou des marchés où écouler leur marchandise.

Cet attrait de l’Afrique pour les impérialistes ne va pas conduire à une « émergence » de l’Afrique en tant que sauveur du commerce mondial, et ne vas certainement pas suffire à abolir la pauvreté sur le continent. Même si la dernière phase de croissance n’a pas mené à une véritable industrialisation, elle a renforcé les contradictions de classe, vu que la plupart des bénéfices sont restés dans la poche de l’impérialisme et de ses alliés locaux.

Les nouvelles rivalités économiques et stratégiques en Afrique

Nous avons vu de plus en plus d’interventions impérialistes en Afrique ces dernières années, essentiellement guidées par le Royaume-Uni et la France en tant qu’anciennes puissances coloniales, mais parfois aussi sous le drapeau des Nations-Unies, voire de l’Union africaine. Même si la plupart de ces interventions ont pour prétexte une aide « humanitaire », avec pour but officiel de mettre fin à l’une ou l’autre guerre civile ou de résoudre des crises comme l’épidémie d’Ebola, leur véritable objectif est généralement de faciliter l’arrivée au pouvoir de régimes procapitalistes, soucieux des intérêts des investisseurs.

Cela ne veut néanmoins pas dire que les classes dirigeantes locales ne cherchent pas à défendre leurs propres intérêts nationaux, parfois au détriment des intérêts de l’impérialisme. La conséquence en est une intensification de la lutte pour l’influence et le profit entre les différentes puissances impérialistes. C’est ainsi qu’après les attentats de Paris en novembre 2015, le gouvernement allemand a annoncé vouloir renforcer sa présence militaire au Mali (où l’armée française lutte contre les groupes djihadistes et touaregs depuis 2013), dans le cadre de sa politique de renfort de sa présence sur le continent.

En même temps, les États-Unis et, plus récemment, la Chine, ont aussi cherché à renforcer leurs positions en Afrique. Les États-Unis ont élargi le nombre de leurs opérations à vingt pays d’Afrique, dont trois bases de drones et une grande base militaire à Djibouti. La fondation en 2007 du commandement des États-Unis pour l’Afrique (dénommé « Africom »), dont la base se trouve en… Allemagne, indique un renfort de l’activité militaire états-unienne sur le continent. Les États-Unis disposent désormais d’unités militaires, aériennes et navales spécifiquement détachées « pour l’Afrique ».

L’influence de la Chine s’est accrue parallèlement à la rapide croissance de ses investissements et de ses échanges avec l’Afrique. En 1990, la moitié du commerce de l’Afrique se faisait avec l’Europe ; en Europe, les échanges avec l’Europe ne comptaient plus que pour 28 % des échanges totaux, tandis que le commerce avec l’Asie a doublé pour atteindre la valeur du commerce avec l’Europe. De 2000 à 2014, le commerce de la Chine avec l’Afrique est passé de 10 milliards de dollars à 222 milliards ! Depuis 2009, la Chine est le plus grand partenaire commercial du continent.

La Chine est surtout concentrée sur la vente de produits de consommation et de produits chimiques à l’Afrique, en même temps qu’elle est très impliquée dans les travaux d’infrastructure et dans la construction immobilière. Les nombreux grands projets de développement de l’infrastructure financés par la Chine (routes, barrages, ports, chemins de fer…) répondent à différentes préoccupations du gouvernement et des multinationales chinoises : faciliter l’extraction de matières premières, mais aussi servir de débouché pour le secteur de la construction chinois, confronté à de nombreux problèmes en Chine même. Le développement soi-disant « progressiste » proposé par la Chine a servi à renforcer les liens politiques avec de nombreux régimes africains.

Bien qu’il y ait eu en Afrique des investissements chinois dans la production industrielle, réalisés par des patrons chinois désireux de tirer profit des bas salaires et de vendre sur le marché local, ces investissements sont restés limités. Plus de 85 % des importations chinoises à partir de l’Afrique sont des matières premières. Mais à présent, la valeur de ces importations est en train de diminuer, en partie à cause de la baisse des prix mais aussi à cause du ralentissement de l’économie chinoise, qui réduit la demande.

Au cours des neuf premiers mois de 2015, le volume des importations chinoises de fer en provenance de l’Afrique a baissé de 17 %. Le ralentissement de la croissance chinoise a aussi fait diminuer les financements chinois pour les projets d’infrastructure en Afrique. Même si elle reste le principal financier de l’Afrique, les sommes prêtées n’étaient plus que de 3 milliards de dollars en 2014, au lieu de 14 milliards chaque année de 2011 à 2013. Il est vrai que lors du sommet Chine-Afrique de décembre 2015 à Johannesburg, la Chine a promis des prêts pour un montant de 60 milliards de dollars pour l’Afrique, mais sans qu’il soit précisé s’il s’agit de nouvelles sommes devant être mises à disposition ou s’il s’agit d’un simple renouvèlement de promesses faites précédemment.

Le sentiment envers les investissements et le commerce chinois en Afrique est partagé. Les projets de développement sont bien accueillis par les régimes africains, mais beaucoup de gens sont également préoccupés de l’impact qu’ont les marchandises importées de Chine sur les économies locales, en plus des conditions de travail inhumaines dans les entreprises chinoises et de la tendance de la Chine à importer sa propre main-d’œuvre chinoise pour travailler sur ses projets.

La rivalité entre les puissances mondiales en Afrique n’est pas qu’économique. Il y a aussi une lutte pour l’influence stratégique. Djibouti tire énormément de revenus du fait de la présence sur son sol de forces militaires étrangères. Alors que la France, le Japon et les États-Unis ont déjà leurs bases à Djibouti, la Chine s’apprête maintenant à les y rejoindre, dans le cadre d’un « site de soutien naval ». La Chine a beau dire que ses intentions n’ont rien à voir avec celles de la France ou des États-Unis, il reste que cette base sera la toute première base militaire chinoise en-dehors de ses frontières.

Enfin, une autre raison pour laquelle les puissances européennes s’intéressent de nouveau tellement à l’Afrique, est qu’elles sont désespérément à la recherche d’une solution pour endiguer le flot de réfugiés africains vers l’Europe.

Le fait est que la situation de l’économie mondiale est en train d’aggraver les conditions de vie de dizaines de millions de gens qui n’ont que très peu bénéficié des années de croissance. Les pays les plus touchés sont ceux qui sont les plus dépendants des exportations de matières premières ; pendant ce temps, d’autres, comme le Kenya, qui importent du pétrole, sont avantagés par la chute des cours. Mais ces pays restent malgré tout menacés par le ralentissement de l’économie mondiale, par la baisse de la valeur de leur monnaie et par l’inflation.

 

 

 

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