Solidarité تضامن

Prix Nobel de la Paix: le Dialogue National, garant ou fossoyeur de la démocratie?

Hier, le prix Nobel de la Paix a été officiellement remis au «Quartet» du « Dialogue National », à savoir l’alliance mise sur pied pendant l’été 2013 entre l’UGTT, la fédération patronale UTICA, l’Ordre des Avocats et la Ligue des Droits de l’Homme. La plupart des commentateurs reproduisent la mythologie comme quoi ce Quartet a « sauvé la démocratie tunisienne » de l’effondrement. La conclusion sous-entendue est que si les travailleurs et les organisations patronales travaillent main dans la main pour le bien commun, cela conduira au progrès et à la démocratie, plutôt qu’à la guerre civile ou à la dictature, comme cela se passe ailleurs. Mais si tel était vraiment le cas, l’ensemble du monde arabe serait un paradis démocratique, puisque dans la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, les syndicats officiels travaillent de manière incestueuse avec les capitalistes et les élites dirigeantes. Est-ce le modèle qu’ils veulent importer en Tunisie?

Sachant très bien que l’UGTT est une force sur laquelle compter, les puissances impérialistes, de mèche avec le gouvernement tunisien, tentent tant qu’ils le peuvent de promouvoir le modèle de la réconciliation entre les classes et de la paix sociale avec les patrons comme étant la route toute tracée vers la démocratie. Le contraire est pourtant vrai. Loin de «sauver la démocratie tunisienne » ces arrangements se font au détriment des droits démocratiques et sociaux de tous et toutes et, en définitive, au détriment du mouvement syndical lui-même.

Le « Quartet » a été mis en place essentiellement pour assurer un atterrissage en douceur du mouvement de masse qui a explosé à l’été 2013 contre le gouvernement de la Troika. Plutôt que d’offrir une sortie de crise basée sur les aspirations révolutionnaires des travailleurs et du peuple tunisien, le dialogue national organisé par ce Quartet a en définitif permis le retour au pouvoir d’un gouvernement dirigé par un parti abritant un nombre considérable de politiciens corrompus et d’hommes d’affaires baignés dans les magouilles de l’ancien régime.

Cette année, chaque attaque terroriste qui a eu lieu dans notre pays a été utilisé par le gouvernement pour pousser plus loin son agenda de restauration, usant du prétexte de la lutte contre le terrorisme afin de réprimer les libertés fondamentales et les protestations sociales. L’absence d’une réponse sérieuse et coordonnée de la part de la direction de l’UGTT à cette offensive, au nom de l ‘«unité nationale» tant vantée par les politiciens et journalistes internationaux (et maintenant célébrée par le Prix Nobel), a largement facilité cette contre-révolution rampante et un retour vers les pratiques d’Etat et les politiques économiques du régime de Ben Ali. Loin d’être un garant de la démocratie, l’alliance entre le mouvement syndical et les patrons représente, à terme, le fossoyeur de la démocratie.

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