Solidarité تضامن

En défense du droit d’asile

Unissons-nous contre l’austérité et pour un monde meilleur pour chacun!

Des millions et des millions de personnes ont été chassées de chez elles, contraintes de fuir et de vivre dans des conditions dégradantes tout en devant faire face à la brutalité des forces de l’État et des milices sectaires. Elles ont mis leurs vies en danger alors qu’elles étaient à la recherche d’un endroit sûr. Voilà la réalité qui se trouve derrière ces guerres suivies d’années d’interventions étrangères et impérialistes au Moyen-Orient et derrière les défaites qu’ont connu les révolutions qui ont commencé en 2011.

Par Robert Bechert (CIO), article initialement publié le 8 septembre sur socialistworld.net

En résultat de tout ceci, nous avons vu des vagues de réfugiés abandonnant leurs maisons et leurs vies se succéder. La plupart des données concernant la crise des réfugiés sous-estiment la crise humanitaire. Près de 6 millions et demi de Syriens sont des réfugiés au sein même de la Syrie tandis que 4 millions d’autres sont officielles réfugiés à l’étranger. A cela s’ajoute encore des réfugiés en provenance d’Irak, de Libye, du Yémen, d’Afghanistan, de Somalie et d’autres zones de guerre.

Des centaines de milliers de personnes sont arrivées en Europe à la recherche d’un refuge et d’un avenir, affrontant souvent des voyages périlleux, la brutalité des États et l’exploitation des passeurs. Alors que la situation empire chaque jour, de plus en plus de réfugiés sont morts cette année en essayant de passer les obstacles mis en place par les gouvernements, particulièrement ceux d’Union européenne. Cela a provoqué une réaction. Un nombre croissant d’Européens sont indignés par le désastre humanitaire au Moyen-Orient, en Méditerranée et en Europe du Sud. Cette colère, spécialement suite au nombre de morts, a forcé quelques gouvernements à prendre des mesures visant à aider certains réfugiés fuyant la guerre dans leurs pays.

Mais cette concession limitée n’est pas due à un changement de mentalité chez les élites capitalistes. Sans cette colère populaire ressentie envers le mauvais traitement des réfugiés, rien de tout cela n’aurait changé.

Des mois durant, les gouvernements européens ont fermement résisté à l’idée d’accueillir les réfugiés. Plus tôt cette année, la mission de secours Mare Nostrum de l’Union européenne a été remplacée par l’opération Triton, bien plus restreinte, dont le principe est de rendre le passage en mer plus difficile pour les réfugiés et pour les candidats à l’immigration.

Selon le gouvernement britannique, Mare Nostrum constituait un «facteur incitant» qui encourageait les gens à tenter d’atteindre l’Europe. Le parlement britannique a estimé en octobre dernier que «ces mesures d’urgence devraient être stoppées à la première occasion.»En d’autres termes, l’idée de ces politiciens était d’accroître le risque que des bateaux coulent et de réduire l’ampleur des opérations de secours afin d’assurer que le plus de réfugiés possible se retrouvent hors d’Europe. C’est assurément cela qui s’est produit. En avril 2014, 42 migrants se sont noyés alors que Mare Nostrum était encore en vigueur. En avril de cette année, le nombre de migrants ayant trouvé la mort dans les eaux méditerranéennes s’est élevé à 1308!

Mais le gouvernement britannique n’était pas le seul à exprimer ouvertement cet avis. Le gouvernement allemand, qui bénéficié d’un certain soutien pour son changement d’approche, a totalement soutenu la fin de Mare Nostrum parce que, comme le ministre allemand de l’Intérieur l’avait affirmé, «Mare Nostrum était une intervention d’urgence qui constituait un pont vers l’Europe.» Berlin voulait détruire ce «pont» pour les réfugiés.

À présent, le gouvernement allemand semble être le plus généreux dans l’accueil des réfugiés syriens. Mais cela n’est que temporaire. Il est en réalité tout aussi hypocrite que les autres gouvernements capitalistes. Alors qu’il permettait l’arrivée de réfugiés depuis la Hongrie, Berlin a simultanément demandé à Rome d’imposer des contrôles aux frontières à Brennero, à la frontière entre l’Italie et l’Autriche, afin de limiter le nombre de migrants arrivant de ce côté. Il est désormais clair que tant l’Allemagne que l’Autriche vont chercher à organiser quelque chose de similaire sur leurs frontières avec les pays de l’Est.

Quelques jours avant que les réfugiés n’aient reçu le droit d’arriver de Hongrie dans la région de Bavière (sud-est de l’Allemagne, à la frontière avec l’Autriche et la Tchéquie), le premier centre «d’arrêt» et de «réception et déportation» a été ouvert. Son but est de rapidement déporter les chercheurs d’asile vers une liste de pays que Berlin estime «sécurisés». Le gouvernement régional bavarois veut que le Kosovo soit rajouté à la liste des «pays sûrs» – un pays pourtant considéré comme un des plus corrompus d’Europe, où «il est impossible de trouver du travail sans avoir de bons contacts».

Les revirements dans l’opinion publique

Le revirement de l’opinion publique a eu un énorme impact sur ce que Merkel a fait. Mais le gouvernement allemand a aussi vu l’opportunité de restaurer son image internationale, écornée à la suite du traitement brutal qu’a subi la Grèce, tout en voyant là une manière de s’en prendre au vieillissement de la population allemande.

Au début du mois d’aout, le président de la Fédération allemande de l’industrie (BDI) a appelé à ce que plus de demandeurs d’asile soient acceptés en Allemagne, ce qui s’explique en raison de la baisse de la population allemande et de son vieillissement. En 2003, la population allemande a atteint le chiffre de 82,5 millions d’habitants, avant de redescendre à 80,3 millions de personnes en 2011. Depuis lors, elle a remonté à 81,1 millions l’année dernière, sur base de l’immigration vers l’Allemagne. Le nombre de détenteur de la nationalité allemande vivant en Allemagne est toujours en chute libre, il a descendu à 73,6 millions l’année dernière alors qu’il était de 75,4 millions en 2004.

C’est ce contexte qui pousse un grand nombre de patrons allemands à vouloir plus d’immigrants, surtout des personnes expérimentées et ayant des qualifications professionnelles. Le ministre allemand du Travail a été absolument clair : «Nous allons également tirer profit de tout cela, car nous avons besoin de l’immigration.» C’est ainsi que, lorsque Merkel a annoncé des mesures visant à déporter rapidement les demandeurs d’asile arrivant depuis les Balkans, elle a aussi expliqué que «les gens de ces États qui peuvent prouver leur expérience de travail ou leur formation pourront travailler en Allemagne.» Des rapports démontrent qu’un nombre important des personnes autorisées à entrer en Allemagne sont professionnellement formées. Le responsable de des infos économiques de la BBC a rapporté que des hommes d’affaire britanniques se plaignent du fait que «Merkel est en train de recruter les demandeurs d’asile les plus économiquement utiles.»

Malgré ces spéculations économiques, pour la plupart des réfugiés, le gouvernement allemand apparait bien plus accueillant que les autres gouvernements qui refusent de prendre quelques (ou très peu de) réfugiés en provenance du Moyen-Orient.

Cependant, le traitement des réfugiés dans les pays capitalistes a toujours été conditionné aux intérêts de la classe dirigeante ou alors visait à répondre à la pression de l’opinion publique ou de mouvements de masse. Les puissances occidentales ont ainsi ratifié la convention de l’ONU sur les réfugiés en 1951 afin d’essayer de contrecarrer les répercussions politiques négatives de leur politique de limitation stricte des réfugiés durant la période d’avant la Seconde Guerre mondiale vis-à-vis de ceux qui fuyaient le nazisme ainsi que pour servir leur propagande contre les restrictions en vigueur dans les États staliniens.

Mais aujourd’hui, la classe dirigeante ne peut pas tout simplement revenir à la situation d’avant 1939 lorsque, par exemple, presque tous les pays présents à la conférence d’Evian de 1938 convoquée par le président américain Roosevelt ont échoué à proposer la moindre avancée concernant l’asile aux réfugiés juifs qui quittaient l’Allemagne nazie. Cette expérience passée explique pourquoi l’obligation de défendre et d’étendre le droit d’asile aux victimes de la guerre et des persécutions est devenue tellement importante. De plus vit en Allemagne et en Autriche le souvenir de l’énorme nombre de réfugiés venus après la Seconde Guerre mondiale (8 millions en Allemagne de l’Ouest et 4 millions en Allemagne de l’Est). C’est pourquoi les conditions terribles et critiques de certains réfugiés ont poussé des millions de personnes à exiger qu’on leur accorde une aide immédiate ; ce qui a contraint l’Europe occidentale à assouplir sa politique en matière d’accueil des réfugiés.

Il est intéressant de noter ici qu’un très petit nombre de réfugiés syriens ont été acceptés par les riches autocraties pétrolières d’Arabie saoudite et du Golfe, pays qui ont formé et armé plusieurs groupes djihadistes : à peine 33 Syriens dans les États du Golfe (Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats-arabes-unis). Cette année, l’Arabie saoudite a accordé à peine 18,4 millions de dollars à la mission de l’ONU en Syrie, bien moins que le Koweït qui a lui envoyé 304 millions de dollars. Même si quelques critiques en ce sens ont été émises dans les médias occidentaux, personne ne semble y accorder une grande importance. C’est que les impérialistes occidentaux comprennent bien qu’un afflux de réfugiés pourrait mettre en difficulté les élites dirigeantes locales, ce que les puissances occidentales désirent clairement éviter.

Mais en Syrie, où la situation est véritablement catastrophique, surtout avec la montée en puissance de l’État islamique et le nombre croissant de combattants, le nombre de personnes fuyant le pays est passé de 11.000 personnes par jour en 2010 à 42.000 l’année passée. Nombreux sont ceux qui se sont sentis piégés dans les pays voisins, enfermés dans des camps de fortune et sans aucun permis de travail.

Dans ce contexte, la question immédiate est de savoir comment apporter de l’aide aux populations qui fuient la guerre au Moyen-Orient et ailleurs. Dans beaucoup de pays, la sympathie est grande envers ces immigrés ; beaucoup de personnes se demandent ce qu’elles pourraient faire. Beaucoup d’argent, de nourriture et d’autres objets ont été collectés pour les réfugiés.

Le mouvement des travailleurs doit mener la lutte pour exiger que les réfugiés obtiennent le droit d’asile, tout en aidant et en organisant l’aide et en encourageant les réfugiés à s’organiser eux-mêmes. Mais en même temps, il faut un programme concret reprenant ce qui peut être fait pour aider les réfugiés à s’installer et expliquant où trouver les ressources nécessaires à la mise en place de cette aide. A défaut de cela, certaines forces tenteront d’instrumentaliser la situation en affirmant que les réfugiés s’accaparent les ressources de la population qui les accueille. Tandis que bon nombre de réfugiés ont reçu un accueil chaleureux de la part de la population allemande, des groupes d’extrême-droite attaquent les centres d’asile de façon presque quotidienne et il semble que cela ne soit qu’une question de temps avant qu’il n’y ait des morts.

Une campagne pour de meilleures conditions pour tous

Dans une situation déjà marquée par le manque d’emplois décents, de logements, de places dans les écoles et dans les hôpitaux, l’arrivée soudaine de dizaines de milliers d’immigrés va inévitablement causer des tensions parmi la population, à moins que le mouvement des travailleurs ne mène une campagne pour exiger de meilleures conditions pour tous.

Des signes de ressentiment se voient déjà dans les pays les plus pauvres de l’Union européenne, que ce soit en Europe centrale ou orientale devant le fait qu’une aide est accordée gratuitement aux réfugiés. Certains craignent aussi que les réfugiés ne deviennent eux-mêmes une nouvelle source de main-d’œuvre bon marché qui ferait ainsi pression sur les salaires perçus par les travailleurs d’Europe centrale et orientale en Europe occidentale.

En Hongrie, le Premier ministre de droite, Viktor Orban, lui-même sous la pression de la montée du parti d’extrême droite Jobbik, a adopté une rhétorique mêlant des discours anti-immigrations avec l’exploitation de la mémoire historique des invasions de l’empire Ottoman il y a plusieurs siècles de cela. Selon Orban, les frontières doivent être renforcées parce que«Nous ne voulons pas d’un grand nombre de Musulmans dans notre pays» ; il demande aussi«N’est-il pas inquiétant en soi de constater que la chrétienté européenne est à peine capable de faire en sorte que l’Europe demeure chrétienne?» Cette démagogie anti-immigration se répète dans d’autres pays : par exemple, le président tchèque Zeman a déclaré récemment aux immigrés «Personne ne vous a invités ici – si vous n’aimez pas l’accueil que nous vous faisons, allez voir ailleurs.» Mais en Hongrie, on ne se contente pas que des mots contre les immigrés : la force a également été utilisée contre eux, ce qui n’a fait qu’augmenter les voix dans les autres pays qui appellent à ce que les réfugiés soient admis.

Dans beaucoup de pays, la découverte de 71 cadavres dans un camion en Autriche et la photo d’un enfant noyé ont suscité un sentiment que quelque chose doit être fait. À Vienne, plus de 20.000 personnes ont manifesté le 31 août pour exiger que les réfugiés reçoivent l’asile. Comme en Allemagne, une énorme vague de sympathie et, souvent, d’aide matérielle concrète a accueilli les réfugiés arrivant en Autriche.

C’est très particulièrement remarquable dans un pays où l’extrême-droite, le parti anti-immigrants FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche), est régulièrement cité dans les derniers sondages d’opinion comme le plus grand parti du pays. Mais l’opinion est telle aujourd’hui en Autriche que le FPÖ se voit contraint de faire tête basse. Mais il attend à présent l’occasion de démontrer que les immigrés posent un problème en termes de logements, d’emplois, de places dans les écoles,… Ce parti défend déjà le slogan d’aider «nos propres pauvres» (les Autrichiens) dans sa campagne pour les importantes élections régionales à Vienne le mois prochain.

La sympathie seule ne suffit pas ; elle peut de plus se tarir, surtout dans le cadre de l’arrivée d’une nouvelle crise économique. Il est urgent que l’ensemble de la gauche entame une campagne autour d’un programme concret capable de contrer l’inévitable propagande anti-immigration de la droite. Un tel programme doit apporter des réponses claires aux problèmes du logement, de la nourriture, de la langue, du travail, etc. et ceci de manière à répondre aux craintes des habitants des pays concernés. Un bon début serait de bloquer les entreprises qui exploitent les réfugiés. En Allemagne, l’entreprise qui fournit le plus grand nombre d’hôtels pour réfugiés est une entreprise privée, Européan Homecare, décrite par le journal économique allemand Handelsblatt comme une entreprise extrêmement profitable.

Il nous faut un programme socialiste pour contrer la politique du «diviser pour mieux régner» à l’échelle internationale. La crise grecque a illustré la manière dont les politiciens capitalistes peuvent exploiter les mauvaises conditions de vie en Europe centrale et orientale pour mobiliser l’opinion nationale contre la moindre concession accordée à la lutte du peuple grec contre l’austérité. De la même manière, les politiciens de droite vont à présent s’efforcer de mobiliser les populations européennes contre les réfugiés afin de détourner la colère ressentie contre le capitalisme alors que l’économie stagne et que pèse la menace d’une nouvelle récession. Tout cela ne fera qu’ajouter au climat de tension au sein de l’Union européenne.

En agissant maintenant, nous pouvons obtenir des améliorations immédiates. On peut obtenir des réformes par la lutte de masse (ou la menace de lutte). Après 1945, le capitalisme s’est vu contraint d’accorder de très importantes réformes en Europe, parce qu’il se trouvait sous la pression gigantesque du soutien énormément accru pour les idées socialistes en guise de réponse à la guerre et au fascisme. La peur d’une révolution a forcé les classes dirigeantes à effectuer un très grand nombre de concessions.

Les besoins de la population locale et des réfugiés

Le mouvement ouvrier doit mettre en avant des exigences concrètes afin de relier les besoins de la population locale et ceux des réfugiés visant par exemple à unir la lutte pour le logement des réfugiés et la fin de la crise du logement qui existe dans certains pays. L’année passée, le journal britannique The Guardian a rapporté qu’il y a 11 millions de maisons vides en Europe. À Vienne, on trouve en ce moment 80.000 maisons vides. De plus, dans beaucoup de villes, il y a des espaces de bureaux vides qui pourraient servir à rapidement livrer une aide d’urgence. Même si ces bureaux ne se trouvent pas forcément au bon endroit, ils pourraient immédiatement servir de logements aux réfugiés. En Grande-Bretagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’État avait utilisé des propriétés vides pour reloger temporairement les familles dont le domicile avait été bombardé. Des actions similaires doivent être entreprises à présent pour loger tant les sans-abri «nationaux» que les réfugiés. En Grèce, en Italie et dans d’autres pays, il faut mettre en place des centres de réinstallation d’urgence. Ces mesures ne doivent pas être financées par les gens qui souffrent déjà de l’austérité, mais bien par les entreprises et capitalistes qui profitent de la crise au Moyen-Orient, ainsi que par les élites du Moyen-Orient elles-mêmes. La nationalisation de ces entreprises et des richesses des élites arabes devrait permettre de dégager beaucoup de ressources qui pourraient être utilisées immédiatement.

Mais la crise du logement n’est pas simplement celle de populations qui grandissent. De nos jours, en Grande-Bretagne, il y a un manque croissant de logements, en partie le résultat d’un accroissement de la population et de flux migratoires internes, mais surtout parce que la construction de bâtiments, et en particulier de logements publics, est pour ainsi dire à l’arrêt. En 1953, sous un gouvernement conservateur, on construisait 245.000 logements publics en Grande-Bretagne. Mais ensuite, dans le cadre des mesures d’austérité néolibérales, les gouvernements conservateurs et travaillistes qui se sont succédés ont coupé dans les budgets de construction, réduisant à peine 130 le nombre de logements publics construits en 2004. Même si on a connu une certaine amélioration depuis lors, le nombre de logements publics construits en 2013 n’était que de 2080, soit moins de 1 % de ce que l’on faisait en 1953 ! Pourtant, aujourd’hui, on entend dire en Grande-Bretagne que le pays est trop peuplé pour loger tous ces réfugiés. La réponse du mouvement ouvrier devrait être : «Oui, il y a une crise du logement, mais elle est surtout le résultat de la politique du gouvernement ; il nous faut un nouveau plan de construction de logements sociaux.» Si l’on combine cette approche à la nationalisation des propriétés des entreprises immobilières et des grands propriétaires, cela nous permettrait de planifier une politique socialiste capable de loger décemment tout un chacun.

C’est aux classes dirigeantes des pays impérialistes et du Moyen-Orient que doit revenir la facture pour le logement des réfugiés et pour la reconstruction du Moyen-Orient. C’est à eux de payer, car c’est leur système et leur politique qui sont responsables de la crise actuelle – que ce soit en conséquence des interventions impérialistes en Irak et en Libye ou du financement de groupes djihadistes par l’Arabie saoudite et les États du Golfe. La crise des réfugiés n’est pas une simple tragédie ; il ne s’agit pas d’une catastrophe inévitable. Ces millions de réfugiés ne fuient pas une catastrophe naturelle, mais les conséquences de la guerre et de la contre-révolution.

Les pays impérialistes portent la plus grande responsabilité

Ce sont les classes dirigeantes des pays impérialistes qui portent la plus grande part de responsabilité dans la situation actuelle. Historiquement, ce sont les impérialismes anglais et français qui ont redécoupé les frontières du Moyen-Orient et qui y ont créé la plupart des États modernes. Puis, de concert avec l’impérialisme américain, ils ont travaillé à maintenir leur contrôle sur leurs alliés locaux. Les plus grands bénéficiaires de cette situation sont les compagnies pétrolières et les usines d’armement. En 2014, l’Arabie saoudite était le plus grand importateur d’armes au monde, à hauteur de 6,4 milliards de dollars (3700 milliards de francs CFA), soit 10 % des dépenses en armement mondiales.

Mais ce n’est pas d’un marché capitaliste «ordinaire» que les grandes entreprises ont profité. Il y a un an, l’ambassadrice européenne en Irak, Jana Hybášková, a informé le comité du parlement européen sur les Affaires étrangères que certains pays européens (non cités) achetaient du pétrole en l’Irak et finançaient l’État islamique. Elle a refusé de citer des noms. Comme d’habitude pour le capitalisme, le profit passe avant les droits de l’Homme et les droits démocratiques.

Cependant, lorsque les intérêts de l’impérialisme sont menacés, il intervient, souvent soudainement, en mettant en avant des enjeux soi-disant démocratiques qui leur servent de caution. Tant qu’ils n’agissent pas en sens contraire aux intérêts de l’impérialisme, les despotes locaux peuvent rester aussi longtemps au pouvoir qu’ils le veulent. Ainsi, Saddam Hussein ne s’est jamais opposé à l’Occident ; il a même reçu énormément de soutien pour sa guerre de 1980-88 contre l’Iran. Jusqu’à ce qu’il envahisse le Koweït en 1990…

Plus que n’importe qui, les impérialismes anglais et américain portent la responsabilité immédiate de la crise actuelle au Moyen-Orient. L’invasion américano-britannique de 2003 en Irak a déclenché une réaction en chaine qui, en l’absence d’un mouvement des travailleurs irakiens eux-mêmes, a engendré une division sectaire, la violence et la guerre civile. Tout en luttant pour le droit d’asile, il nous faut exiger des programmes d’urgence financés par les riches et par ceux qui profitent de l’exploitation du Moyen-Orient.

Nous voyons aujourd’hui certains éléments au sein des nations impérialistes qui cherchent à exploiter la crise des réfugiés comme une excuse pour justifier une nouvelle intervention dans la région. Prétextant vouloir résoudre la crise, la France a annoncé qu’elle va commencer à bombarder la Syrie, alors que le gouvernement britannique a commencé lui aussi des attaques de drones, et considère demander l’appui du parlement pour plus de bombardements. Mais ceci n’endiguera pas le flot de réfugiés syriens : on ne fera que causer encore plus de morts. Ces frappes ne feront aucune différence stratégique dans une situation qui a désormais échappé au contrôle direct de l’impérialisme occidental. Le but de Paris et de Londres est de préparer l’opinion publique à la possibilité d’une nouvelle intervention, plus large encore, et de chercher à reprendre un certain «contrôle» sur les évènements.

En tant que socialistes, nous sommes clairs sur le fait que seule une action unie de la classe des travailleurs et des pauvres du Moyen-Orient peut mettre un terme à la guerre civile, désarmer les forces sectaires, renverser les tyrans, gagner des droits démocratiques et briser la chaine de l’impérialisme et du capitalisme. Nous avons eu dans les révolutions qui ont commencé en 2011 en Afrique du Nord et au Moyen-Orient un aperçu de la force qu’ont les travailleurs lorsqu’ils réclament le changement. Il est tragique de constater que beaucoup de ces opportunités de 2011 ont étés gâchées, parce que ces mouvements de masse n’avaient pas de programme clair sur la façon d’atteindre leur but. Afin d’éviter que ceci se passe à nouveau, il faut s’atteler à la construction de mouvements prolétariens indépendants armés d’un programme et d’une stratégie socialistes. De tels mouvements pourraient mettre un terme aux divisions sectaires, à la guerre, à la répression et à la pauvreté, en luttant pour un monde libéré de l’exploitation capitaliste, dans lequel l’utilisation des ressources du monde entier sera planifiée démocratiquement dans l’intérêt des masses de l’humanité et pas des classes dirigeantes.

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