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Grèce: casser ou plier ?

Greek protesters, one waving a national flag, gather in Athens, Wednesday, June 15, 2011. Hundreds of protesters clashed with riot police in central Athens Wednesday as a major anti-austerity rally degenerated into violence outside Parliament, where the struggling government was to seek support for new cutbacks to avoid a disastrous default. (AP Photo/Kostas Tsironis)

La victoire électorale de SYRIZA en Grèce a conduit à une vague d’enthousiasme parmi les travailleurs et leurs familles à travers toute l’Europe. Les premiers mois du nouveau gouvernement grec dirigé par SYRIZA ont vite clarifié que l’Union européenne restera particulièrement dure contre ceux qui remettent en question l’austérité néolibérale. Les espoirs éveillés seront-ils concrétisés? SYRIZA pliera-t-il sous le poids de l’Union européenne pour qu’il marche au pas dans la voie du néolibéralisme? La réponse à ces questions sera déterminée par la lutte de la base de la société.

Article tiré de l’édition de mai de ‘Lutte Socialiste’, le journal de nos camarades belges

De grandes attentes

Une fois les élections passées, les sondages ont vite indiqué un soutien vis-à-vis du gouvernement grimpant jusqu’à 83%. L’enthousiasme était aussi élevé que les attentes : enfin était arrivé aux commandes un parti opposé à la logique austéritaire avec pour volonté de mettre un terme à la catastrophe humanitaire organisée par la Troïka (UE, BCE et FMI).

Puis, quelques semaines plus tard, l’enthousiasme a fait place à une attitude plus prudente. SYRIZA est considéré comme différent des autres partis, mais la résistance de l’Union européenne a forcé le gouvernement à faire de grandes concessions. L’illusion d’un assouplissement négocié des politiques d’austérité dictées par la Troïka n’a pas fait long feu face à la résistance opiniâtre des ‘‘Institutions’’, le nouveau nom de cette dernière. La Troïka ne négocie pas, elle mène une guerre de classe. SYRIZA a reculé, mais les ‘‘institutions’’ en veulent encore et toujours plus.

Casser ou plier

Si SYRIZA concède trop de terrain, la déception de ses partisans sera grande et des scissions sembleront dès lors inévitables en son sein. Par contre, si l’UE pousse SYRIZA trop loin, le parti ne pourra tout simplement rien faire d’autre que refuser, Cela pourrait entrainer la Grèce hors de l’eurozone, ce qui serait susceptible de pousser SYRIZA davantage à gauche. Une troisième possibilité serait que l’UE laisse suffisamment d’espace à SYRIZA pour que le parti maintienne un soutien social relatif pendant un certain temps.

Si cela ne dépendait que de l’UE, la Grèce ne serait pas éjectée de l’eurozone. L’approche dominante vise à contraindre SYRIZA à effectuer des concessions sans cesse de plus grande portée dans le but de pleinement domestiquer le gouvernement grec.

Mais SYRIZA ne peut pas tout simplement abandonner toutes ses promesses, l’UE va devoir concéder quelque chose. La seule question est de voir dans quelle mesure cela peut pratiquement se faire. Les différentes options demeurent ouvertes et dépendent de plusieurs facteurs, parmi lesquels les conséquences possibles d’un Grexit pour la zone euro et des éléments géopolitiques comme la possibilité d’un glissement de la Grèce dans la sphère d’influence russe.

Tout repose sur la résistance sociale

La lutte en Grèce est le facteur décisif. Sur base d’une lutte, le gouvernement pourrait être poussé vers la gauche de sorte que ses actes dépassent ce qui était initialement prévu par la direction de SYRIZA. Une certaine augmentation de la lutte de classe prend actuellement place, sans déjà aboutir à un mouvement d’ampleur. La plupart des gens adoptent une attitude faite d’expectatives et espère que le gouvernement sera toujours capable de réaliser quelques-unes de ses promesses.

La grève du personnel de l’entreprise de télécommunication Vodafone, comptant environ 2.500 employés en Grèce, a été la première à être déclarée illégale par les tribunaux sous le gouvernement SYRIZA. Un risque de répression et d’arrivée de briseurs de grève existait, mais la police s’est montrée très conviviale avec les grévistes. Ceci est une différence notable qui résulte du changement de gouvernement. Une délégation de musiciens, représentant entre autres l’Orchestre philharmonique d’Athènes, est allée porter ses revendications au ministre en charge. Avec les précédentes autorités, la répression policière aurait été au rendez-vous. Mais maintenant, ces exigences ont été transformées en propositions de loi en quelques jours à peine.

Concernant l’emblématique campagne de protestation contre l’exploitation des mines d’or en Chalcidique (au nord du pays), le gouvernement a finalement promis de stopper ce pillage de la région, mais en donnant à l’entreprise permission de procéder à la déforestation. Cette concession a représenté un choc, la mobilisation contre les mines d’or étant l’une des plus importantes de ces dernières années.

Dans ce contexte, les forces de gauche, comme le Parti Communiste (KKE) et l’alliance anticapitaliste Antarsya, sont allées au-delà de la conscience des masses lorsqu’elles ont appelé à l’organisation d’actions contre ce qu’elles appelaient ‘la trahison de SYRIZA’ au moment où ce parti était à son pic de popularité. Cette approche ne respecte pas la conscience des couches larges de la population.

Cette conscience évoluera toutefois, de même que la volonté croissante de se battre. L’actuelle pause causée par la fatigue et les espoirs ne va pas durer. Dans cette nouvelle bataille, Xekinima, la section du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) en Grèce, continuera à jouer un rôle. Nos camarades ont développé des liens étroits avec des militants de la gauche de SYRIZA et tentent de réunir à la base des activistes de l’intérieur et de l’extérieur de SYRIZA au sein d’alliances de gauche.

Quelle réponse à la crise?

Les prétendues ‘‘négociations’’ ont, une fois de plus, prouvé que l’establishment capitaliste européen ne mettra pas fin à l’austérité. D’un pays développé, la Grèce devient un pays arriéré. Pour stopper cela, nous devons rejeter le paiement de la dette. Cette dernière n’est pas celle de la population grecque, il n’y a donc aucune raison qu’elle doive la rembourser. Les banques doivent être nationalisées sous contrôle et gestion démocratiques des travailleurs. Cette mesure devrait être accompagnée par un contrôle sur le capital et le commerce extérieur.

Le peuple grec doit mettre la main sur les secteurs clés de l’économie grecque. Cela permettra que les ressources et les fortunes disponibles soient utilisées pour un développement économique orienté vers la satisfaction des intérêts de la majorité de la population plutôt que de ceux des capitalistes.

La question de l’euro est inévitable. L’élite européenne menace d’expulser le pays hors de la zone euro si la politique d’austérité est rejetée. Même si l’élite européenne n’accepte pas les exigences de base de la population grecque en réponse à la crise humanitaire, le gouvernement grec peut encore aller de l’avant. Le contrôle public des mouvements de capitaux et du commerce extérieur permettrait de protéger l’économie du pays contre les attaques des ‘‘marchés’’. Avec la mobilisation de la population grecque et le soutien des travailleurs du reste de l’Europe, c’est possible.

 

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