Solidarité تضامن

L’activiste et blogueur Azyz Amami et le photographe Sabri Ben Mlouka arrêtés

Plus de 300 personnes se rassemblent pour exiger leur libération

CIO-Tunisie

Hier mardi 13 mai, le théâtre de El Hambra à Tunis était le lieu d’un rassemblement de quelques 300 militants, jeunes et activistes des droits de l’homme.

Ils étaient là afin de protester contre l’arrestation dans la nuit de lundi à mardi du blogueur et activiste Azyz Amami et de son ami le photographe Sabri Ben Mlouka. Ces derniers ont été interpellés au port de La Goulette, au Nord de Tunis, lors d’un contrôle routier; les policiers les ont fait descendre de leur voiture et mis à genoux les mains sur la tête, avant de leur faire subir une fouille au corps -chose interdite par la loi, comme l’ont expliqué leurs avocats lors du rassemblement d’hier.

Les policiers ont prétendu qu’Azyz et Sabri détenaient 700 grammes de résine de cannabis. L’accusation de détention ou consommation de cannabis est une méthode policière bien huilée sous le régime de Ben Ali, servant couramment de couverture à des arrestations à caractère politique.

En outre, le père d’Azyz, qui a pu rendre visite à son fils au centre de détention de Gorjani à Tunis, a pu confirmer que ce dernier portait des traces de coups sur le nez et le corps, indiquant que les victimes se sont faites tabassées par la police.

Quelque jours auparavant, Azyz Amami était l’invité d’un talk-show pour parler d’une campagne de sensibilisation qui a pour nom  « Moi aussi j’ai brûlé un poste de police », une campagne visant à défendre les jeunes révolutionnaires arrêtés sous des motifs fallacieux et souvent fabriqués de toute pièce, tels que la consommation de stupéfiants, ou le vandalisme de postes de police lors du mouvement révolutionnaire qui a fait tomber Ben Ali.

Lors de cette émission, il a fait référence à la liste des 50 personnes accusées d’avoir incendié un poste de police en 2010-2011, et questionnait le fait que des acteurs de la révolution qui ont contribué à faire tomber la dictature sont aujourd’hui appelés à comparaitre devant la loi.

Azyz avait par cette occasion rappelé que des vidéos étaient diffusées sur les réseaux sociaux où on pouvait voir 3 policiers incendier le poste de police de La Goulette le 14 janvier 2011. L’arrestation d’Azyz est-elle une vengeance des policiers de la Goulette, qui en voulaient à Azyz d’avoir « rafraichi la mémoire » aux Tunisiens?  Plus simplement, Azyz, figure symbolique et populaire de la révolution, est une voix dissidente et dérangeante pour le régime, que beaucoup dans les couloirs de l’appareil d’Etat rêvent de réduire au silence.

Après le rassemblement tenue au théâtre de la Hambra et après que quelques intervenants aient pris la parole (le père d’Azyz, les avocats, des militants, certains membres de l’ANC,..), les personnes présentes au rassemblement, dont un groupe de sympathisants du CIO, ont entamé une marche protestataire jusqu’au ministère de l’intérieur, en criant le slogan « ministère de l’intérieur, ministère de la terreur » dans les rues du centre de Tunis.

Le groupe sympathisant du CIO en Tunisie se joint aux voix exigeant la libération immédiate et inconditionnelle d’Azyz et Sabri, et soutient la mobilisation la plus large possible à cette fin, ainsi que pour en finir une fois pour toutes avec la loi 52*. Nous encourageons aussi tous ceux et toutes celles qui le peuvent à bombarder le Ministère de la Justice de lettres de protestation, à l’adresse e-mail suivante: mju@ministeres.tn, avec copie à cwi@worldsoc.co.uk. (voir le modèle de lettre de protestation en bas de l’article).

Aujourd’hui c’est Azyz et Sabri, demain à qui le tour? L’absence d’une réponse de taille face à ces arrestations donnera confiance au régime pour aller plus loin dans ses tentatives de répression des opposants. Face à la vague d’austérité qui s’annonce, le gouvernement pro-capitaliste de Jomaa, la classe dominante et son appareil d’Etat savent qu’ils ne sont pas à l’abri d’une vaste riposte populaire, et ont toutes les raisons de vouloir neutraliser ceux et celles qui symbolisent la résistance à l’oppression et à l’exploitation.

C’est pourquoi le nécessaire combat pour la défense des libertés démocratiques doit être rattaché à un combat plus large, mobilisant et organisant sans relâche la masse des travailleurs, des chômeurs et de la jeunesse du pays, pour la poursuite et la victoire de tous les objectifs de la révolution.

*Stop aux arrestations arbitraires, halte au harcèlement judiciaire et policier des activistes politiques et syndicaux !

*Défense de tous les droits démocratiques ! Non à la brutalité policière! A bas la loi 52*! Non au retour aux pratiques de l’ancien régime !

* Libération immédiate et inconditionnelle d’Azyz Amami et de Sabri Ben Mlouka, et de tous les prisonniers politiques

*Non à l’austérité – non au paiement de la dette, non aux plans de misère concoctés par Jomaa et les institutions capitalistes internationales

*Pour la reconstitution urgente d’un front révolutionnaire large, sur une base militante et authentiquement socialiste

*En 1989, lors de l’affaire de la « couscous connections » qui a impliqué le frère ainé de Ben Ali dans un trafic international de stupéfiants, une loi anti–stupéfiant a été instaurée à la demande de Ben Ali, au départ pour faire les yeux doux aux pays impérialistes. Cette loi, la loi 52, est depuis trop longtemps maintenant instrumentalisée par les pouvoirs en place afin de faire taire des opposants, militants de gauche, artistes, blogueurs et bien d’autres, en général emprisonnées pendant une année et soumis à une amende de 1000 dinars tunisien (environ 500 euros).

Modèle de lettre de protestation :

À l’attention de M. le ministre de la Justice de Tunisie

Nous venons d’apprendre l’arrestation, dans la nuit de lundi à mardi, d’Azyz Amami et de Sabri Ben Mlouka. Cette arrestation s’est faite sous le couvert de consommation de cannabis, bien que tout le monde sache très bien que cette arrestation répond à des motifs tout autres, Azyz étant une figure connue du mouvement révolutionnaire tunisien. Nous avons également été informés du fait que les personnes interpellées se sont faites maltraitées par la police.

Ces deux personnes n’ont jamais fait qu’exercer leur liberté d’expression la plus élémentaire, une raison semble-t-il suffisante, et de plus en plus courante en Tunisie, pour subir les foudres de l’appareil policier et judiciaire.

Nous condamnons avec force ces arrestations et demandons la libération immédiate des deux concernés, ainsi que l’abandon complet et immédiat des charges qui pèsent contre eux.

Soyez assuré que notre solidarité et indignation internationale ne faiblira pas tant qu’ils ne seront pas libérés, et plus largement, tant que la répression continuera à sévir en Tunisie.

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